Statut de l’artiste burkinabè : A quand son opérationnalisation ?

Statut de l’artiste burkinabè : A quand son opérationnalisation ?

Les artistes jouent, comme nous le savons, un rôle fondamental dans la préservation, la promotion et la valorisation de la culture d’un pays. Ils sont les véritables ambassadeurs, le reflet identitaire même d’une société. C’est pourquoi, quand vous visitez un pays, vous avez tout de suite besoin de découvrir ses attraits touristiques et aussi ses expressions artistiques.

Cependant au Burkina Faso, la profession d’artiste est restée longtemps marginalisée, caractérisée par des paramètres qui freinent leur épanouissement.

Pendant longtemps, les professionnels des arts ont réclamé un statut de l’artiste. Tout le monde est unanime, c’est une requête légitime et bien justifiée. Il faut un statut de l’artiste burkinabè.

En effet, l’adoption du décret portant statut de l’artiste au Burkina Faso est effective depuis le 25 mars 2013.  Cet élan vise à créer un cadre juridique qui consacre la reconnaissance de l’artiste burkinabè et offre les conditions de protection et de promotion de ses ambitions créatrices. Le décret, faut-il le rappeler, est l’aboutissement d’un processus de réflexion sur les conditions de vie et de travail des artistes au pays des Hommes intègres, entamé depuis le début de l’année 2000 par l’Administration et les professionnels du secteur de la culture. Par ce décret, le Gouvernement entendait donc créer les conditions les plus appropriées permettant aux artistes professionnels burkinabè de vivre dignement de leur art, et mieux encore, structurer le secteur de la culture.

Le décret portant statut de l’artiste au Burkina Faso comporte alors quatre chapitres.

Le premier est consacré aux dispositions générales et définit le statut et la qualité d’artiste. « Est artiste, toute personne qui crée ou participe par son interprétation à la création ou à la recréation d’œuvres de l’esprit, qui considère sa création artistique comme un élément essentiel de sa vie et qui, ainsi, contribue au développement de l’art et de la culture (…)».

Le deuxième chapitre précise que l’artiste professionnel est toute personne qui fait de l’activité artistique sa profession habituelle et en tire sa principale source de revenu. La possession d’une carte professionnelle en est une condition nécessaire et on distingue deux catégories d’artistes professionnels à savoir : les artistes salariés et les artistes indépendants.

Le troisième chapitre est relatif au régime social et fiscal applicable aux artistes professionnels salariés et indépendants. Ainsi, le statut stipule que l’artiste salarié est lié à un employeur par un contrat de travail.

Quant à l’artiste indépendant (4e chapitre), il exerce une profession libérale en dehors de tout lien de subordination.

Sous la Transition, le Conseil des ministres a adopté, le 8 octobre 2015, un rapport portant approbation des mesures de mise en œuvre du statut de l’artiste au Burkina Faso. L’adoption de ce rapport devrait enclencher véritablement l’opérationnalisation du statut de l’artiste. Plus de 5 ans après où en est-on avec cette opérationnalisation ?

A l’occasion de la cérémonie de remise du rapport de synthèse de la relance de la Semaine nationale de la culture (SNC), en mai 2020, le président du comité national d’organisation de la vingtième édition de la SNC (annulée pour cause de Covid-19), Thierry Millogo a remis, à cet effet, officiellement la maquette de la carte professionnelle d’artiste « biométrique sécurisée » au ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme, Abdoul Karim Sango. Un coup d’épée dans l’eau?  Une chose est certaine, depuis cette sortie médiatique, c’est à nouveau le statu quo, du moins, au sein de l’opinion nationale, et certainement dans le milieu des artistes.

Qu’est-ce qui retarde ou empêche l’opérationnalisation du statut de l’artiste burkinabè ? Car, jusqu’à ce jour, aucune des mesures prises (prestation de sécurité sociale, régime d’imposition, etc.) dans le cadre de la mise en œuvre du décret portant statut de l’artiste n’est véritablement pas  une réalité. Le statut de l’artiste reste-il alors un mythe chez nous ? S’agit-il d’une chimère, est-on en droit de se demander? Tout porte à le croire au regard de la lenteur depuis 8 ans.

L’artiste « grande gueule », l’engagé Serge Martin Bambara dit Smockey, n’avait-il pas finalement raison de parler de  « statue » de l’artiste au lieu de « statut » de l’artiste?  La même année, lors d’une émission radio, à l’occasion de la célébration de la journée de l’artiste et de la fête de la musique, cette icône du rap burkinabè s’indignait, en effet, de l’opérationnalisation de ce décret qui stagne pour ne pas dire figée comme une statue.

Mais, qu’est-ce qui pourrait expliquer cette léthargie? Au-delà des lourdeurs administratives, et peut-être d’un manque de volonté politique, plusieurs facteurs ne pourraient-ils pas, de notre humble avis, expliquer cet état de fait ?

La mise en œuvre du statut de l’artiste, dont l’une des étapes majeures est la délivrance de la carte professionnelle de l’artiste ne semble pas vraiment intéresser les premiers concernés eux-mêmes. Outres l’engagement de la Commission Nationale des Arts-CNA, quel artiste en a véritablement fait son cheval de bataille depuis ce somnambulisme?

En attendant une hypothétique opérationnalisation de ce statut de l’artiste, peut-être devons-nous inviter les artistes, du moins certains, à mieux revoir la qualité de leur création. Seul le travail original garantira un véritable statut « naturel » de l’artiste, non pas au Burkina Faso uniquement, mais dans le monde entier.

La Rédaction

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COMMENTAIRES

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    Kabore Ezeckiel 3 ans

    Les artiste Donne la vie,et merite dètre enccouragee.vive la culture et longue vie a tout les brave musiccien.pour lavencement de la culture,la salle de repette song-taaba ouvre ces portes pour tous les braveeeeee artiste.