Cécile Djunga, humoriste belgo-congolaise : Une Afrodescendante qui veut se taper des barres à Ouagadougou

Cécile Djunga, humoriste belgo-congolaise : Une Afrodescendante qui veut se taper des barres à Ouagadougou

Le Centre culturel Pan-taabo accueille, depuis le 27 mars 2023, l’artiste comédienne humoriste belgo-congolaise, Cécile Djunga. Elle y est pour une résidence d’écriture et de création, dans le cadre de son projet artistique « Première gaou ». Il s’agit d’un spectacle qui révèlera les coups de la vie d’une Afrodescendante sur fond d’anecdotes. En pleine création, nous nous sommes invités, dans la commune rurale de Saaba, le 13 avril 2023, à la demande de la metteure en  scène du spectacle, Lionelle Edoxi Gnoula pour mieux percevoir le plat artistique qui se concocte.

Vous avez certainement en mémoire l’indignation des internautes sur la haine raciale envers la comédienne humoriste et présentatrice météo de la télévision belge RTBF ? Traitée de « trop noire » par une téléspectatrice belge, ces propos d’un ton discriminatoire avaient fait réagir plus de 600 000 profils dans les réseaux sociaux. La jeune petite Noire vient de gagner son procès, selon ses confidences. Cécile Djunga, puisque c’est d’elle qu’il s’agit est à Ouagadougou, Burkina Faso, depuis le 25 mars 2023 pour un projet artistique.

En pleine création au Centre culturel Pan-taabo, dans la commune de Saaba, à quelques kilomètres de Ouagadougou.

Ce qui ne tue pas, te rend fort, dit-on. Cécile Djunga, est devenue encore plus célèbre en Belgique, le pays qui l’a vu naître, grâce à sa vidéo virale sur cette ignoble haine raciale d’une autre époque, à son égard. Elle n’en pleure pas. Au contraire, elle va rire de ses déboires sur scène, en tant qu’artiste comédienne humoriste.

D’origine congolaise, cette double identité, du fait de sa naturalisation belge et de ses racines africaines, est un atout majeur qu’elle voudrait bien exploiter dans sa carrière artistique.

Ses premiers pas

A 12 ans déjà, elle avait cette soif de s’affirmer. Pour ce faire, elle a entrepris de se former en théâtre à Bruxelles. Elle en ressortira avec une expérience en art dramatique. Avec ses bagages, elle aborde les scènes. « J’ai passé des castings en France. Rapidement, on me fait comprendre qu’avec mon profil je ne peux pas jouer les rôles que je veux jouer. Et la seule chose qu’on me proposait, c’est toujours des rôles d’immigrée, de sans-papiers, d’illettrée, en fait des clichés totaux, parce qu’on est en France », a expliqué la jeune comédienne.

Son engagement dans l’humour

Plus tard, à 23 ans, elle regarde dans le rétroviseur de sa vie et se rend véritablement compte de ses atouts intrinsèques. Il faut alors les exploiter. Faute de pouvoir interpréter les meilleurs rôles, avec moins de stéréotypes, elle décide de sortir des boules à mites. « Vu qu’avoir des rôles, c’est compliqué pour moi, je vais alors écrire mon propre rôle », a-t-elle confié. C’est en ce moment-là qu’elle décide de s’auto questionner.

Concentration de l’équipe qui travaille sur le projet

Elle adopte une autre posture. Cécile Djunga, avec humour, caricature sa vie. Elle fait de l’autodérision et se révèle dans le Jamel comedy club, et aussi dans plusieurs autres espaces en Afrique notamment Ouaga comedy club.  Bien rompue aux arcanes des médias, puisque chroniqueuse à France 2, co-présentatrice de The voice Belgique, elle intervient également sur les ondes de France IV, Cécile capitalise toutes ces énergies pour distiller ses vannes dans ses numéros.

C’est une tête pleine, très ouverte que nous avons rencontrée au Centre culturel Pan-taabo, lors de notre immersion. Qu’est-ce qui peut bien justifier son choix de créer et diffuser au Burkina Faso, malgré les clichés sur la crise sécuritaire actuelle ? La Belgo-congolaise relate que c’est une succession de « bonnes rencontres » avec la comédienne, auteure et metteure en scène, Lionelle Edoxi Gnoula qui l’a ramenée au pays des Hommes intègres.

C’est la fondatrice du Centre culturel Pan-taabo, Lionelle Edoxi Gnoula qui met en scène le spectacle « Première gaou »

La rencontre avec la célèbre comédienne, Lionelle Edoxi Gnoula

La Burkinabè s’était d’abord rendu, à Bruxelles en septembre 2019, pour recevoir son prestigieux trophée du « meilleur seul en scène » du prix Maeterlinck, ex-prix de la critique (Théâtre/Danse). Elle avait aussi assuré la mise en scène du conte théâtralisé « J’ai une idée », et qui a été représenté dans un festival à Ouagadougou. A ces deux occasions Cécile et Edoxi se sont côtoyées professionnellement, puis amicalement. « J’ai vu le spectacle et j’ai trouvé la mise en scène super. J’étais pourtant à la recherche d’un ou d’une metteur.e en scène. A la fin de la pièce, je l’ai félicitée et nous avons familiarisé de nouveau, puisqu’on s’était déjà vu en Belgique, lors de la soirée de remise du prix Maeterlinck…Elle m’a après montrée son Centre culturel pendant mon séjour à Ouagadougou. J’ai eu un coup de foudre », a laissé entendre Cécile Djunga à propos de sa rencontre avec Edoxi.

Le projet de spectacle « Première gaou »

Les échanges entre les deux amies ont conduit, de fil en aiguille, à l’idée d’un projet de spectacle intitulé « Première gaou ». Depuis le 27 mars 2023, elles sont en résidence d’écriture et de création en vue de présenter une création assez digeste, qui reconnecte une Afrodescendante à ses terres d’origines.

Cécile Djunga, dans ce seul en scène, est une « gawase », féminin de « gaou » (un terme ivoirien pour désigner une personne naïve, sans style, qui ne discerne pas vite et manque beaucoup d’informations). La mise en scène convoque une « Belge à la peau noire » qui, de retour sur ses terres d’origine, manque parfois des codes de la vie ou de pass de la jeunesse africaine. Cette péripétie est truffée de maladresses et d’anecdotes drôles.

Un climat de travail bon enfant y règne

Derrière ce spectacle, Cécile cherche à s’affirmer en tant qu’Afrodescendante qui, avoue-t-elle, est malheureusement coupée de ses racines. « C’est un encouragement à renouer avec nos racines, à comprendre qui on est, à mettre ensemble nos valeurs africaines et à montrer la recherche africaine à travers le monde », a-telle soutenu.

En échangeant avec l’artiste, nous percevons toute la détermination dans sa quête de ses repères africains. C’est une humoriste foncièrement engagée, dans la lutte contre toute forme de discrimination, pour la réhabilitation de son histoire, pour la promotion et la revalorisation des compétences africaines, et dans une certaine mesure pour la déconstruction de la perception erronée sur la crise sécuritaire au Burkina Faso. Elle contribue ainsi à montrer, dans son présent projet, les ressources artistiques disponibles et la vie culturelle, dynamiques et résilientes au Burkina Faso.

La première restitution est prévue pour le 28 avril prochain à 20 heures à Grâce Théâtre Cité An III, en attendant la représentation du 25 juin 2023 à Bruxelles. Vous êtes tous attendus !

Malick SAAGA

Kulture Kibaré  

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