Lecture de texte en langues maternelles : De fortes émotions même sans comprendre les mots

Lecture de texte en langues maternelles : De fortes émotions même sans comprendre les mots

Aux Rencontres internationales de théâtre en langues maternelles-RITLAMES 2022, les festivaliers ont découvert, hier 17 novembre 2022 à l’Espace culturel Gambidi, à Ouagadougou, une lecture en langues maternelles de quatre bouts de textes lauréats. Il s’en est suivi après, des échanges avec leurs auteurs.  

La lecture du texte « Zangs Yandé » de Paul Zoungrana par les comédiens

« Bangue Kokura » de Koumarami Karama, « Kasara Laban » de Noël Minoungou, « Zindi » de Kibsa Anthony Ouédraogo et « Zangs Yandé » de Paul Zoungrana sont les quatre textes lauréats suite à l’appel à textes lancé en mars 2022 par l’Association Kala-Kala Théâtre et la Compagnie RPS Théâtre. Des bouts de ces oeuvres ont été lus devant les festivaliers de la deuxième édition des Rencontres internationales de théâtre en langues maternelles-RITLAMES. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que certains spectateurs, bien qu’ils ne comprennent pas le dioula ou le mooré ont quand même ressenti de fortes émotions pendant la lecture théâtralisée des comédiens.

« Je suis Béninoise, Yoroba, au Burkina Faso depuis une dizaine d’années. Mais, dans un environnement où je n’ai pu apprendre aucune des langues. Donc, je n’ai absolument rien compris. Mais la chose qui est transversale à tous et que je remercie les comédiens qui ont lu ces textes, d’avoir pu me permettre de partager l’émotion et la justesse du sentiment qu’on veut partager », a confié la spectatrice béninoise, Moudji Daouda, aussi éditrice de magazine pour enfants.

Les quatre auteurs dont un absent font le résumé de leur texte en français

Chacun des bouts des textes lus dépeint des faits, aborde des vécus et dénonce des pratiques jugées « inhumaines ». C’est ce que explique Noël Minoungou dans son texte, mis en scène par Mariam Koné et joué par plusieurs comédiens. Il avoue que c’est grâce aux RITLAMES qu’il s’est essayé dans l’écriture de texte en langue nationale. « Ce qui m’a poussé à écrire ce texte, c’est l’évènement des RITLAMES, à qui je dis merci. Je n’avais jamais pensé pouvoir écrire en dioula. C’était ma première motivation », a-t-il confié. Et d’avouer que ce fut un exercice difficile. Limité dans l’écriture en dioula, il a pu quand même construire dans sa dramaturgie le reniement des jeunes filles en grossesse par les parents. C’est révoltant et c’est même inconcevable, assène-t-il. La lecture des comédiens a laissé percevoir l’émotion, même sans comprendre les mots en dioula ou en mooré.

Dans « Zangs Yandé » de Paul Zoungrana, le texte est aussi écrit et lu en mooré. Ici, l’auteur dans son bout de texte lu, loue les exploits et la bravoure de Ladji Yoro. Il estime d’ailleurs qu’il est important de rappeler et de réhabiliter les héros de notre société. « Depuis la mort de Ladji Yoro, je suis un peu bouleversé… je me suis donné alors pour mission d’écrire son histoire. Je ne voulais pas une histoire linéaire sur Ladji Yoro. Après, ça coïncidait avec l’appel des RITLAMES, du coup ça m’a galvanisé et ça me propose même de l’amener dans quelque chose de plus profond à travers donc la langue », a laissé entendre Paul Zoungrana. Il s’est lire en mooré, mais il ne sait pas écrire dans cette même langue. Ce fut assi sa difficulté, parce qu’il fallait éviter de traduire directement les idées ou son inspiration de français en mooré pour les mettre sous presse. Il rassure qu’il a pensé et réfléchi en langue mooré afin de garder le sens réel des mots et des phrases.

Les lecteurs sont la plupart de jeunes comédiens inscrits à l’Ecole supérieure de théâtre Jean-Pierre Guingané

C’était aussi le souci de Koumarami Karama avec son texte en dioula également. « Bangue Kokura » évoque la déperdition des valeurs. « Souvent ce qu’on a au fond de nous-mêmes est plus sensé, plus fort que les mots que nous allons trouver pour l’exprimer. Cela ne nous empêche pas de nous exprimer même si les mots ne sont pas assez justes, même si les mots ne peuvent pas dire ce que nous pensons réellement », a-t-elle souligné à son tour.

Pour le promoteur des RITLAMES, Sidiki Yougbaré, par ailleurs comédien, metteur en scène, auteur et traducteur, les textes qui ont été lus traduisent des histoires pertinentes différentes, sur fond de poésies et des musicalités intéressantes. Il salue les efforts des auteurs qui s’essaient déjà en langue et il reste convaincu que les RITLAMES vont motiver davantage d’autres auteurs à écrire dans leurs langues maternelles.

Ram OUEDRAOGO

Kulture Kibaré  

CATEGORIES
MOTS-CLES
Partager

COMMENTAIRES

Wordpress (0)