Architecture Kassena : Le sens des murets à l’intérieur des cases

Architecture Kassena : Le sens des murets à l’intérieur des cases

Au Burkina Faso, il y a plus d’une soixantaine d’ethnies, donc un relativisme culturel avec une pluralité des manières de faire et de vivre. Naturellement, les traditions diffèrent d’une culture à une autre. Nous nous sommes intéressés aux Kassena de Tiébélé, dans la région du Centre-Sud. Ils ont une architecture curieuse notamment le muret à l’intérieur des cases. Ce dispositif a bien un sens au-delà de son aspect esthétique.

Le membre de la famille royale, Anê Abdou Bayeridiena, malgré son jeune âge, renseigne tout sur la tradition Kassena

A Tiébélé, province du Nahouri, chef-lieu Pô, dans la région du Centre-Sud, vivent les Kassena. Riches de par leur tradition, leur architecture suscite également la curiosité chez bon nombre de touristes. Ce village de plus de 74 000 habitants est devenu depuis plusieurs années la destination à ne pas manquer des expatriés et même des Burkinabè. Au cours d’un voyage de presse avec l’Office National du Tourisme Burkinabè (ONTB), en décembre 2021, journalistes, influenceurs et autres participants ont pu découvrir non seulement les façons de faire, d’agir, de penser et de vivre de ces Kassena mais et surtout la singularité de leurs habitations traditionnelles.

Située à une trentaine de kilomètres de la ville de Pô, nous avons visité la cour royale de Tiébélé. Un membre de la famille royale, Anê Abdou Bayeridiena, s’est alors érigé en guide. Avec lui, nous avons découvert les différentes cases traditionnelles Kassena.

Une case Kassena en 8 vue de l’extérieur

Selon notre guide du jour, les cases en 8 sont alors les plus « authentiques ». Anê nous a invités à entrer tour à tour dans ces petites chaumières basses. A l’intérieur, il y a un ou des murets devant la porte d’entrée. Nous voulions comprendre cette armature intérieure.

De l’explication d’Anê Abdou Bayeridiena, au temps de l’implantation des habitants à Tiébélé, dans les années 1600, il y avait des animaux féroces qui dévoraient les villageois dans leurs concessions. Et avec le muret, la bête qui agressait, ne réussissait pas son coup, car elle n’arrivait pas à faire un double saut à l’intérieur de la case. Le muret l’en empêchait.

Il faut faire attention en rentrant dans une case Kassena, il y a le muret (juste derrière ce panier que vous apercevez), qu’il faut enjamber, et avec le temps, il fait à peine un mètre de hauteur

Dans une autre confidence, le guide a laissé comprendre que dans le temps, pendant les guerres tribales, l’ennemi qui attaquait de l’extérieur avait du mal à atteindre sa cible de l’intérieur. Le muret à l’entrée fait obstruction aux flèches tirées. Et même, quand l’adversaire était à court de flèches, s’il persistait pour entrer dans la case, il fallait qu’il fasse trois mouvements : s’accroupir, se redresser et enjamber. Derrière le muret, le chef de famille était positionné avec une machette, et coupait la tête de l’ennemi.

Les cases en 8 sont composées de plusieurs pièces. Devant chaque pièce, il y a toujours ce muret pour protéger, parce que même si l’ennemi parvenait à franchir un premier muret, il aurait du mal pour les autres sauts.

Aujourd’hui, les murets existent toujours à l’intérieur des cases Kassena. Mais, ils répondent plus à une tradition, à une culture, plutôt qu’à un dispositif de protection contre un animal féroce ou un ennemi conquérant. C’est ce qui explique maintenant leur taille basse. Nous vous invitons à aller découvrir ces murets.

Malick SAAGA

Kulture Kibaré               

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