Balbutiement du cinéma burkinabè : J’accuse…

Balbutiement du cinéma burkinabè : J’accuse…

La 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO) a clos ses portes depuis le 23 octobre 2021. Trois mois après, quelle est la physionomie de l’actualité cinématographique burkinabè ? A première vue, rien de nouveau sous le soleil du cinéma du pays des Hommes intègres !

Il n’y a pas, de notre constat, une sortie ou une production de film digne de ce nom. Nous assistons à une actualité cinématographique quelque peu morose dominée par des cinémas commerciaux dits fast-food. Comme d’habitude, le cinéma professionnel d’auteur se fait encore de plus en plus rare. Ce qui représente une anomalie pour un pays dit capitale du cinéma. Parce que, disons-le, c’est une mauvaise politique que d’attendre chaque fois le FESPACO pour brandir un film raisonnablement compétitif.

Ce paradoxe dans cette bonne réputation (capitale du cinéma africain), ne saurait être passé sous silence. Car, la prochaine biennale du cinéma à Ouagadougou doit se préparer maintenant. Il est donc contre-productif d’attendre d’être à une année ou à six mois du FESPACO pour prendre d’assaut les plateaux de tournage, ou de dépoussiérer les scénarios, ou encore de frapper à la porte d’hypothétiques producteurs. On accusera sans coup férir, l’absence de fonds ou pour coller à l’actualité, la Covid-19 ou la crise sécuritaire. Mais rappelons-nous qu’il en a été toujours ainsi même avant la survenue de la maladie à coronavirus ou de l’hydre terroriste.

Le manque de financement du cinéma burkinabè pourrait s’avérer intelligible mais le terrorisme et la Covid-19 sont venus peut-être accentuer ou aggraver une situation qui existait déjà. Arrêtons de tout justifier par ces deux situations d’infortune. Au contraire, pour reprendre le titre d’un article rédigé par Émile Zola, « J’accuse… », nous accusons aussi sans détours certains régimes politiques à la tête du Burkina Faso d’être véritablement les entraves d’une réelle émergence du cinéma burkinabè.

Dans la Stratégie Nationale de la Culture et du Tourisme (SNCT) 2018-2027 au Burkina Faso, il est ressorti clairement dans le diagnostic constaté que le cinéma et l’audiovisuel occupent la deuxième place, soit 14%, en terme de contribution de la culture au Produit Intérieur Brut (PIB). Seulement que depuis des décennies ce secteur est confronté à un manque d’infrastructures et d’équipements adaptés, et la rareté des appuis techniques et financiers à la chaîne de valeur reste perceptible. Cette crise est accentuée par « la fermeture de nombreuses salles de cinéma ainsi que la raréfaction du financement due à l’arrêt de certaines aides publiques extérieures rendant précaire la production.« , révèle le document.

Tenons-le pour dit, le sous-développement qui caractérise notre 7e art est dû à une absence  de volonté politique (avec grand V). Sans cette réelle approbation politique, toute initiative aussi belle ou pertinente soit-elle ne prospèrera pas ou ne verra pas le jour.

Comment persuader les gros investisseurs mondiaux à s’intéresser aux réalisateurs burkinabè les plus professionnels comme cela se faisait au temps de feu Idrissa Ouédraogo, 1er burkinabè Etalon de Yennenga au FESPACO ? Pourquoi selon le diagnostic de la SNCT, il y a un arrêt de certaines aides publiques extérieures? C’est toute l’équation à résoudre.

Le cinéma burkinabè ne connaitra jamais de progrès à travers cette manière actuelle de faire, c’est-à-dire, continuer à octroyer de fonds insignifiants à plusieurs réalisateurs pour la réalisation de films compétitifs. Le président du Faso quelle que soit sa générosité, ne résoudra rien avec 1 milliard FCFA de fonds cinéma pour plusieurs individus (2019). Dans tous les cas, les résultats parlent d’eux-mêmes.

Rappelons-nous que le FESPACO n’existerait pas aujourd’hui s’il n’avait pas été porté à bout de bras par des présidents cinéphiles tels le Général Sangoulé Lamizana et le Capitaine Thomas Sankara.

Le cinéma doit être et sera avant tout une affaire de politique, c’est-à-dire un homme ou une femme d’Etat avec une vision claire du 7e art de son pays. J’accuse donc l’homme politique, depuis un certain temps, d’être la cause du balbutiement du cinéma burkinabè

La Rédaction

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