Situation nationale : Le silence coupable des artistes leaders

Situation nationale : Le silence coupable des artistes leaders

S’engager, c’est revendiquer, affirmer ses idées, et inciter les autres à les adopter. C’est ainsi que le poète, de même que l’écrivain, le chanteur ou encore le peintre peut, dans un contexte historique précis, décider de mettre son art au service d’une cause. L’artiste s’engage alors à dénoncer des faits, ou solliciter des idées, il peut aussi se servir de l’art pour accomplir son devoir de mémoire.

En résumé, l’art est une manière de s’exprimer. Engagé ou pas, tout artiste musicien doit, à un moment donné et surtout au gré des circonstances, se muer en porte-parole des sans voix ou en dénonciateur de toute forme d’injustice ou de mensonge. C’est ce qui nous a été donné de voir en janvier 2021 avec l’un des monuments de la musique africaine et malienne, en l’occurrence Salif Keïta.

En effet, la France avait annoncé avoir mené une frappe aérienne et tué des djihadistes au Mali. Mais, l’Organisation des Nations unies (ONU) a mené une enquête et conclu que cette frappe aérienne menée par l’armée française au Mali a, au contraire, tué 19 civils réunis pour un mariage, et pas seulement des djihadistes, comme l’a soutenu Paris jusqu’alors. Les conclusions de cette enquête ont mis dans tous ses états l’immense Salif Keïta.  Sur sa page Twitter, le chanteur a haussé le ton après l’enquête de l’ONU. « Comment imaginez-vous que l’ONU confirme que 19 civils lors de leur mariage dans leur village à Bounti, au Mali, soient tués par l’armée française et que le monde reste silencieux ? Quand vos journalistes sont morts on a tous pleuré JeSuisCharlie. Et personne ne pleure JeSuisMali », s’était offusqué l’artiste Disque d’or 2002.

Une erreur historique

Et pour enfoncer le clou, il n’hésitera pas à ajouter ceci : « En tant qu’artiste surtout au Mali, la chose la plus facile est de se taire et chanter les éloges de tous les régimes. Je ne suis pas un griot mais un musicien qui a toujours été engagé pour son continent durant mes 50 ans de carrière. Et je n’ai peur de personne. Dieu est grand !».

Dieu merci, la France n’a pas commis une telle bavure au pays des Hommes intègres. Cependant, force est de reconnaître, que le Mali et le Burkina Faso ont en commun deux situations similaires. Il s’agit du terrorisme et de la montée en puissance du sentiment anti-français. Cette haine ou du moins cette désapprobation de l’action de l’ancienne puissance colonisatrice dans le cadre de la lutte contre le terrorisme au Sahel est d’actualité au Burkina Faso. Il suffit de penser au blocus fait récemment à Boulmiougou, puis à Kaya (Centre-Nord) par des jeunes en vue d’empêcher une longue colonne de l’armée française de poursuivre paisiblement son chemin. 

Mais là où le Burkina se différencie du Mali, c’est au niveau de la sortie d’artistes pour se prononcer sur cette situation. Contrairement à Salif Keïta qui est monté, sans peur, au créneau pour dénoncer un mensonge ou une situation, aucun artiste burkinabè n’a osé lever le petit doigt. D’Etienne Minoungou à KPG, en passant par Rasmané Ouédraogo (Raso), Dez Altino, Floby, Smockey, et j’en passe, c’est le mutisme total.

Or, comme dit plus haut, l’artiste peut et doit « dans un contexte historique précis, décider de mettre son art au service d’une cause ». Et c’est sur ce point que la plupart des artistes musiciens et musiciennes leaders burkinabè sont en train, par négligence ou par ignorance, de pécher actuellement. Qui d’entre eux osera comme l’icône malienne, Salif Keïta ? Comparaison n’est pas raison, mais un artiste leader doit aussi s’assumer avec des actes.

Une chose est sûre, pour reprendre les propos du reggae man ivoirien, Alpha Blondy, ils marchent à reculons ou rament à contrecourant de l’histoire ! Dommage !

La Rédaction

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