« Mariage catastrophique d’une Tchiza » : Du rêve au cauchemar

« Mariage catastrophique d’une Tchiza » : Du rêve au cauchemar

« Mariage catastrophique d’une Tchiza », c’est le titre du One woman show d’Adèle Badolo. Il a été joué le 6 novembre 2021 dans la salle Koamba Lankoandé du CENASA, à Ouagadougou. A travers ce spectacle, l’humoriste dépeint la vie d'une « Tchiza » naïve, qui va du rêve au cauchemar.

La « Tchiza » est un terme gabonais qui signifie maîtresse.  Elle désigne généralement une demoiselle qui s’attache à un homme marié. Le phénomène est devenu populaire en Afrique francophone, au risque d’être un fléau qui dérange, dans la perception des femmes mariées. C’est sur ces mœurs que la comédienne et humoriste burkinabè, Adèle Badolo a décidé d’en rire.

Alors, dans ce One woman show, intitulé « Mariage catastrophique d’une Tchiza », l’humoriste dépeint le phénomène Tchiza à la perfection. De l’autodérision? Si, parce que l’auteure de la création avouait dans une interview partir de son expérience vécue et celle de bon nombre de filles de son entourage? En tout cas la maîtrise du sujet, les secrets des Tchiza dévoilés, les approches des hommes mariés, entre autres, en dit long sur le background d’Adèle Badolo.

Adèle Badolo

Le spectacle est une mise en scène d’Ousmane Bamogo dit Kerekekankoukan du groupe Gombo. com.  Il décrit la célébration d’un mariage à la fois rêveur et illusoire. Adèle Badolo, principale comédienne incarne visiblement la leader des « Tchiza ». Lasse d’être aux petits soins des maris des gens, elle décida de se marier avec Albert, son prétendu « prince-charmant » rencontré sur les réseaux sociaux. Mais, en réalité, le mignon profil qui s’affiche sur Facebook qu’Adèle Badolo croit naïvement est un cyber-escroc. Cet amour virtuel a fini par ouvrir les yeux de la « Tchiza » nationale le jour des noces. Adèle qui avait décidé de rompre enfin avec le statut de « Tchiza », a été plaquée dans sa jolie robe et sa merveilleuse couronne de mariage.

Le spectacle « Mariage catastrophique d’une Tchiza » développe plusieurs faits de sociétés. Adèle dans son écriture, caricature la scène politique, peint en noir certaines pratiques malsaines dans les cliniques médicales, etc. L’humoriste n’épargne non plus l’actualité. Elle dénonce subtilement la prétendue « audience partisane » de la ministre burkinabè en charge de la culture, dame Elise Foniyama Ilboudo/Thiombiano, et aussi la fameuse expression « jeunesse … friand de revendications » de Malika Ouattara dit Malika la Slameuse. Quelquefois dans le spectacle, Adèle fait intervenir une chorégraphie et un abbé « pervers ». Elle interagit également avec le public. Disons, elle s’adresse aux spectateurs.

Dans cette création, Adèle Bodolo, a convoqué comme vous l’aurez remarqué, des procédés du comique des mœurs, du personnage, du caractère, de la situation et de la satire également pour rendre compte d’un fléau qui dérange ou arrange (c’est selon). Partir d’un phénomène social, incarner le personnage avec le caractère qui va avec, jouer avec le public et parodier la scène politique et l’actualité culturelle, voilà ce qui justifie ces différents procédés dont on parle. Le sujet est certes maîtrisé, le jeu est professionnel, le décor est simple avec un espace assez ouvert pour la prestance. Mais l’humoriste n’a pas suffisamment exploité sa scène. Bref !

Le bémol surtout est que dans la construction du spectacle, le procédé du comique de la situation qui consiste à situer le contexte du jeu ou faire intervenir des profanes dans son numéro, a été minimisé. Puis que l’humoriste brise à un certain moment donné son quatrième mur, mais sans pouvoir justifier l’implication de son public. Il faut créer de façon franche cette transition avec les spectateurs à qui on s’adresse dans le spectacle afin que le construit artistique soit cohérent. Cette remarque parmi tant d’autre que nous indexons s’adresse bien à une Adèle Badolo, comédienne professionnelle de théâtre, formée à l’Ecole Supérieure de Théâtre Jean-Pierre Guingané (ESTJPG) et aussi par Ildevert Meda. Elle aurait pu corriger cette imperfection en s’y appliquant davantage même si nous sommes conscients, qu’elle n’a disposé que 3 mois de travail pour monter son spectacle.

C’est dans un tel décor qu’Adèle a présenté son numéro jusqu’à la fin

Qu’à cela ne tienne, rien ne retranche la qualité de ce spectacle servie surtout qu’il s’agit du véritable premier One woman show d’Adèle Badolo, produit par la structure Elipse Culture et Solidarité, cooptée par la comédienne Augusta Palenfo.

Le « Mariage catastrophique d’une Tchiza » a été apprécié par les spectateurs du soir, qui n’ont pas réussi à occuper tous les sièges de 600 places du CENASA. Mais, pour ceux qui y étaient une nouvelle perception du phénomène « Tchiza » s’impose naturellement en eux. Libre à chacun de rebondir après le périple d’Adèle Badolo.

Malick SAAGA

Kulture Kibaré   

CATEGORIES
MOTS-CLES
Partager

COMMENTAIRES

Wordpress (0)