Luc Mayitoukou : L’entrepreneur culturel qui a formé Papus Zongo, Wahabou Bara et Cie

Luc Mayitoukou : L’entrepreneur culturel qui a formé Papus Zongo, Wahabou Bara et Cie

Luc Mayitoukou est un entrepreneur culturel et formateur congo-sénégalais qui maîtrise bien le rouage du management culturel africain. Si son visage paraît indifférent à certains jeunes entrepreneurs culturels burkinabè, ce n’est cependant pas le cas dans le cercle restreint des managers d’artistes. Papus Zongo, Wahabou Bara, Ibrahim Zerbo dit PDG et compagnie doivent une partie de leur carrière à cet expert africain qui les a outillés dans les années 2000. Séjournant depuis quelques jours à Ouagadougou, dans le cadre de la formation internationale en entrepreneuriat culturel, nous sommes allés à sa rencontre le 15 octobre 2019 à l’Espace Culturel Gambidi, pour aborder le métier du management artistique.

Celui avec qui nous nous sommes entretenus est un érudit du show-business africain en général et celui sénégalais en particulier. Il a à maintes reprises, collaboré avec des célébrités comme Didier Awadi ou Baba Maal. Au Burkina Faso, il a outillé, bon nombre d’entrepreneurs culturels, devenus aujourd’hui des icônes pour le show-business local.

« On avait déjà accueilli au Sénégal, dans notre entreprise, Ali Diallo (promoteur burkinabè de Waga Festival). Il était venu faire un stage chez nous. Par la suite, il m’a invité à sont tour au Burkina Faso pour animer des ateliers de formation vers 2003. On y venait désormais régulièrement au Festival Ouaga Hip Hop à l’époque pour organiser des ateliers de formation en entrepreneuriat culturel. S’en sont suivis d’autres programmes notamment le programme culture et développement où pendant trois (3) ans, on a formé des managers qui sont actifs aujourd’hui. Je veux citer Papus Zongo, Walib Bara, Kosta, PDG, etc.  ». Il s’agissait à l’époque, informe-t-il, de renforcer les bases techniques des jeunes entrepreneurs culturels à son temps en leur dotant non seulement des théories d’école mais aussi partager avec eux une somme d’expérience de terrain.

Luc Mayitoukou

« Ils avaient une façon de faire qu’on a capitalisé et qu’on a orienté pour qu’ils en fassent réellement un métier avec beaucoup plus de méthodes, et qui puissent permettre de diffuser aussi à l’international ». Mais aujourd’hui, soit une quinzaine d’années après, les élèves (ndlr Papus Zongo, PDG, Wahabou Bara, etc.)  de Luc Mayitoukou et Gildas Lefeuve ont-ils pu franchir le cap du show-business local ?

Ils ont tout pour aller sur le marché international

A en croire le Congo-sénégalais Mayitoukou la formation donnait droit à toute possibilité d’affronter le marché international. « Les bases que nous avons données devraient leur permettre d’être à ce niveau international. Après, ce sont des choix. Des choix de carrière des artistes qu’ils ont. C’est aussi des choix de marché. Parce que cela ne sert à rien d’aller sur l’international quand on estime que c’est un marché qui n’est pas adapté aux produits que nous avons. Beaucoup ont fait le choix de travailler au niveau local, de développer ce marché local. Mais je les retrouve, pour certains avec certains artistes aussi sur l’international. L’international n’est pas seulement l’Europe. C’est déjà le Sénégal, la Mauritanie, le Bénin, etc. On retrouve ces artistes-là sur ce marché ». Cette option de développer un marché à l’intérieur du pays n’est donc pas une mauvaise passe, pense Mayitoukou.

La rémunération du manager

A la préoccupation de savoir si un manager d’artiste pouvait percevoir une commission de 60 à 70% du revenu de l’artiste, le « mentor » des « ténors » du show-business va répondre. « Aujourd’hui, dans l’usage sur le management, 70%, c’est exagéré. Il y a des pays qui ont réglementés  cela et qui ne dépasse pas les 15%. Si on monte à 25% ce qu’il y a une partie qui est dédié au travail et l’autre la rémunération ». Cependant confie-t-il, tout ne se dit pas publiquement par rapport à un contrat qui est signé entre un artiste et son manager. Car il y a aussi des managers qui vont dénicher certains artistes, y injectent tous les fonds nécessaires. Il est donc évident qu’il faille récupérer cet investissement.

Sur la perception de commissions sur le droit d’auteur par les managers d’artistes tels que préconise le contrat type de management de l’Association des managers professionnels burkinabè de musique à son article 10 (les revenus du manager pris en considération comprennent les droits d’auteur et droits voisins), M. Mayitoukou éclaire la lanterne : « Ça dépend des écoles. Il y a une école de manager qui dit que le travail que fait le manager a un impact sur le droit d’auteur. Elle demande donc à l’auteur de lui percevoir des droits. Il y a une autre école qui prône que le droit d’auteur, exclusivement revient à l’auteur. Mais il y a la notion d’éditeur. Parce que le travail d’un éditeur musical, c’est de faire en sorte que des œuvres rapportent le maximum de droits d’auteur. Quand il va faire ce travail pour qu’il y ait beaucoup de droits d’auteur, en ce moment, il perçoit un pourcentage et c’est légal. Donc un manager qui fait ce travail d’édition, oui il percevra un pourcentage sur les droits d’auteur ». Ce volet a toujours fait l’objet d’un gros point de discussion dans la collaboration entre l’artiste et son manager, a souligné l’expert. « Ce que je demande aux managers d’ici (ndlr burkinabè) qui sont aussi des producteurs, des éditeurs, dans leur fonctionnement, c’est de bien séparer leur travail en tant que manager, en tant que producteur et en tant qu’éditeur ».

L’ouverture vers un marché plus concurrentiel

Luc Mayitoukou pour finir, a invité les managers burkinabè à aller explorer le marché extérieur. « Aujourd’hui, le marché international est très sélectif. Il est très serré. Mais ce que je voudrais, c’est que les managers d’aujourd’hui maîtrisent le Burkina Faso, qu’ils aillent explorer l’extérieur. Pour ce faire, ils ont besoin de venir sur des marchés spécialisés. Ça coûte de l’argent. Il y a aussi les dispositifs au niveau de l’Etat, des partenaires techniques et financiers du Burkina pour qu’ils puissent accompagner ces corporations à s’exporter ». Il a salué cette nouvelle génération d’entrepreneurs culturels à travers le réseau des entrepreneurs Maaya pour leur élan à promouvoir les artistes hors des frontières nationales.

Malick Saga SAWADOGO                  

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