Hip hop burkinabè : Heur et déclin

Hip hop burkinabè : Heur et déclin

Le Burkina Faso, à l’instar d’autres pays de la sous-région, voyait émerger, il y a plus d’une décennie de cela, ses premiers rappeurs. De Yeleen à Faso Kombat, en passant par La Censure, Cleptogang, Wemteng Clan, Omnipresent, Old School, Negramers, Les Sofa, Black Marabout, etc. la liste, il faut le reconnaître, est très longue. La détermination à se faire une place au soleil dans le paysage musical burkinabè était le seul dénominateur commun de ces pionniers.

Mais, force est de reconnaître que le rap burkinabé est, depuis une décennie ou plus, l’ombre de lui-même au grand dam des amateurs de ce genre musical au pays des Hommes intègres. Plusieurs facteurs pourraient expliquer cette mise à genou de ce qui a été jadis l’une des vitrines du Rap africain. La plupart des figures de proue (Smockey, Basic Soul, Etc.), qui ont inspiré une génération de jeunes rappeurs, ont troqué depuis belle lurette leurs jeans, blousons et képis contre une casquette d’activiste ou de lanceur d’alerte.

De nombreux animateurs de la trempe d’un Sadu ou d’un Gérard Koala ou encore d’un MC Claver ont, depuis longtemps, déserté les stations de radio pour émigrer au pays de l’Oncle Sam ou vaquer à d’autres occupations. L’autre raison, et non des moindres, est sans doute la dislocation de nombreuses formations de rap, due pour les unes à l’usure du temps (Negramers, Cleptogang, Wemteng Clan, Black Marabout) et à des divergences pour les autres (Yeleen, Faso Kombat, etc.).

A cela s’ajoute la rareté de scènes exclusivement dédiées au rap, et la disparition (?) de festivals de l’envergure de Ouaga Hip Hop. Même si quelques jeunes tentent de récréer aujourd’hui un espace d’expression, le contexte reste tout de même inadapté. Enfin, et cela se justifie par la longue léthargie des premiers concernés (rappeurs, animateurs, producteurs et promoteurs), le faible engouement du ministère de la culture à apporter son soutien ou à délier le cordon de la bourse, contrairement à l’époque où le département était dirigé par le ministre Mahamoudou Ouédraogo qui était parvenu avec maestria à booster cette musique urbaine au grand bonheur des jeunes.

De ce qui précède, quelle (s) conclusion (s) peut-on en tirer? Le Rap burkinabè a perdu son lustre. Cette lente descente aux enfers s’explique par de nombreux facteurs sur lesquels nous ne reviendrons pas une seconde fois. Une chose est sûre, le hip hop burkinabè, comme le soulignait un rappeur, doit revivre pour rattraper son retard face à certains pays de la sous-région, en l’occurrence la Côte d’Ivoire. Des formations de rap apparaissent régulièrement dans le pays de Houphouët Boigny, et font le top des hits parades.

Cette performance découle de nombreux faits indiscutables (professionnalisme, résilience, existence de producteurs et de maisons de production, environnement favorable, soutien des autorités de tutelle, etc.). Il est donc temps d’aller au chevet de notre hip hop malade, et soutenir ceux qui s’échinent encore à le maintenir en vie (Smarty, Frère Malkhom, Art Melody, Joey Le Soldat, etc.).

La Rédaction

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