Retour de biens culturels africains : Est-ce que les Burkinabè s’y intéressent même ?

Retour de biens culturels africains : Est-ce que les Burkinabè s’y intéressent même ?

Le projet de restitution des biens culturels burkinabè a pris forme, à la suite de la déclaration du président français Emmanuel Macron, lors de sa visite le 28 novembre 2017 à Ouagadougou, notamment à l’Université Joseph Ki-Zerbo.

A cette rencontre, et devant plusieurs centaines d’étudiants, il avait souhaité que « d’ici à 5 ans, les conditions soient réunies pour des restitutions temporaires ou définitives du patrimoine africain en Afrique ». Cette annonce a été saluée aux quatre coins du continent, et particulièrement en Afrique de l’Ouest.

En effet, entre 85% et 90% du patrimoine africain, selon des experts, se trouverait hors du continent africain (https://information.tv5monde.com/). En France, au moins 90 000 objets d’arts d’Afrique subsaharienne font partie des collections publiques françaises, dont 70 000 au musée du Quai Branly. L’UNESCO précise que 4 500 à 6 000 objets sont en France, y compris dans les collections privées.

Ce pillage, comme on le sait, fait partie des pires actes commis par le Colonisateur en Afrique. C’est dans cette dynamique que plusieurs pays  dont le Benin et le Sénégal ont réclamé et continuent de le faire, à cor et cri, depuis plusieurs décennies, la restitution de leurs œuvres qui ont été pillées au cours de cette période.

En 2016, le président béninois, Patrice Talon demande alors à la France de restituer les œuvres prises (une vingtaine d’œuvres issues des  trésors royaux d’Abomey-aujourd’hui Benin). Mais, il se heurtera au refus du président François Hollande. C’est donc, comme nous l’avons vu plus haut, sous la présidence d’Emmanuel Macron que les lignes vont véritablement bouger.

Ainsi, lors du dernier trimestre de 2021, une première vague de 26 biens culturels ont été remis au Benin.  Deux années après le fameux discours de Macron, le Burkina Faso, lui aussi, s’était mis dans la danse. Six experts nationaux chargés de l’élaboration d’une stratégie nationale de restitution des biens culturels burkinabè se trouvant en France seront donc installés le 7 novembre 2019 à Ouagadougou.

« Ce qui nous coûte le plus cher, c’est notre patrimoine. Comme le président l’a dit, c’est une partie de nous-mêmes qui se trouve à l’extérieur. Une partie qui peut éclairer les recherches, qui peut donner des réponses à des questions et une partie qui peut amener la jeune génération à savoir notre origine », avait confié, au cours de la cérémonie, Nestor Kohoun, le directeur de cabinet du ministre en charge de la culture d’alors, Abdoul Karim Sango.

Quid des conclusions ou des résultats des travaux de ce comité d’experts ? On nous dira que le terrorisme et la Covid-19 sont, entre temps, passés par là.

Qu’à cela ne tienne, les six experts semblent avoir accouché d’une souris ou rien du tout. Les biens culturels burkinabè pillés au cours de la période coloniale fouleront un jour ou non le sol burkinabè ? La question reste entière. Au Benin, les acteurs avec leur président Patrice Talon ne sont pas restés les bras croisés.

Face à la volonté et à la détermination des autorités béninoises, la France n’avait pas d’autres choix que d’accéder à leur demande. Le président Macron a certes été réceptif, mais l’engagement sans faille du Benin a aussi fini par payer.

Est-ce le cas au Burkina Faso ? Qui en a véritablement fait son cheval de bataille ? Il ne serait pas exagéré de dire personne.

Et pire ce projet dort sans doute dans les tiroirs… Le temps est donc venu, à la faveur de la future transition qui se profile de remettre ce projet de restitution des biens culturels, du moins en ce qui concerne notre pays, sur la table. Il nous faut coûte que coûte ramener cette « partie de nous-mêmes qui se trouve à l’extérieur ».

La Rédaction

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