« Sén Koro La » : Une danse contemporaine qui invoque le masque

« Sén Koro La » : Une danse contemporaine qui invoque le masque

Le Théâtre soleil a accueilli dans son espace, le 5 décembre 2020, le spectacle  « Sén Koro La » de Lacina Coulibaly et Ibrahim Zongo. Le duo a présenté une danse chorégraphique dans un décor atypique. La tradition du masque en Afrique a fait l’objet d’invocation.

Enveloppés de capuches rouges harmonisées de jupes blanches, deux êtres abordent timidement la scène du spectacle, en plein sol. Ils donnent d’abord dos aux spectateurs, puis ils se retournent. On les aperçoit de visage maintenant. Ce ne sont pas des masques. Il s’agit de deux adultes dans un accoutrement à tendance initiatique. Tout doucement, ils s’avancent, s’accroupissent devant le public et exécutent des mouvements identiques avec leurs corps. Les gestuels semblent vagues mais en réalité, il y a une certaine communion avec le monde invisible. Avec qui communiquent-ils alors ? Tout n’est pas évident pour le profane. Nous sommes emportés dans une sorte de rite initiatique où chaque mouvement, chaque pas, chaque danse exprime un langage. Ce langage corporel est pourtant un message. Nous sommes dans la tradition du masque en Afrique, dans une société où les deux masques veillent aux rites.

Le spectacle est un duo, parce que la création, « Sén Koro La », est une danse où l’ombre et le corps, le visible et l’invisible, le réel et le surréel se côtoient, cohabitent et coexistent. « Quand j’ai pensé le spectacle, j’ai vu deux masques qui étaient l’un à côté de l’autre. Il y avait un masque barbu et un autre qui n’était pas barbu. Je voyais déjà ce lien entre la jeunesse et la vieillesse. Ça m’interpelle du coup, la transmission »,  a confié le binôme de Ibrahim Zongo.

En invoquant ainsi la tradition africaine notamment le masque, Lacina Coulibaly pose le problème de la transmission des valeurs. L’héritage africain peut-il être perpétué sans aucune entrave dans un monde de guerre culturelle  ?

 

Selon Ildevert Meda, comédien, metteur scène et dramaturge chevronné du Burkina Faso, le spectacle lui parle à travers une danse initiatique qui ramène à des rudiments nécessaires en perte de disparition. « Vous voyez, à la fin, quand ils reviennent remettre les choses en place, quand ils ébauchent la remise en place des choses, cela doit nous faire réfléchir. Est-ce que nous pourrons remettre les choses que nous avons gâchées, est-ce que nous pourrons tout remettre en place ou est-ce qu’une partie sera perdue pour toujours comme c’est le cas sur la scène ? », s’est-il interrogé.

Pour Lacina Coulibaly, il faut un retour aux sources car les réponses sont parfois, sous nos pieds, ce qui traduit en langue bamanan « Sén Koro La ». Il ne faudra pas aller chercher loin les solutions de certains maux en enjambant la tradition. C’est pourquoi la transmission des valeurs demeure irréversible. Et c’est grâce au soutien du Bureau Burkinabè de Droit d’Auteur (BBDA) que l’artiste a pu présenter le fruit de sa recherche.

Malick SAAGA  

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