Musique burkinabè : Entre amateurisme, analphabétisme et mimétisme obscurcissant

Musique burkinabè : Entre amateurisme, analphabétisme et mimétisme obscurcissant

Il fut un temps, selon les témoignages, où les vedettes burkinabè de la chanson moderne, celles de la génération de Georges Ouédraogo, ont su catapulter la musique burkinabè à un niveau sous régional.  Bien qu’ayant subi l’influence de la musique cubaine, congolaise, afro-américaine, etc. des années 70 ou 80, ces icônes musicales d’antan ont pu traduire une identité qui malheureusement, au fil du temps a été spoliée ou déniée. Aujourd’hui, la sempiternelle question sur le positionnement de la musique burkinabè demeure. Les acteurs culturels préoccupés, en parlent sur tous les fronts. Et cette interrogation est si loin d’être un souvenir.

Un constat est que la génération d’après, celle des années 90 voire 2000, n’a pas peut-être maintenu la flamme. La musique avait désormais commencé à s’intéresser la frange jeune qui s’est laissée complément influencer par le rap américain et français ou encore la musique ivoirienne. Et c’est alors que notre musique identitaire telle que défendue par la vieille école s’est vue dominer. A la fin des années 90 et au début des années 2000, la nouvelle musique urbaine burkinabè se caractérisait par le rap. C’était aussi  l’ère des Musiques Assistées par Ordinateurs (MAO).

Une étude sociologique axée sur la musique burkinabè, des années 90 à nos jours pourrait bien nous situer. Mais tentons tout de même de dépeindre le tableau actuel.

Les artistes chanteurs de la jeune génération sont tombés dans la facilité. Ils sont si légers dans la productivité. C’est encore un constat même si certains se démarquent du cercle.

D’abord, il y a un analphabétisme musical qui est bien perceptible. Les artistes burkinabè doivent se donner le temps d’apprendre, de comprendre pour mieux défendre leur musique. Si un produit n’est pas compris, il ne peut pas être défendu. Alors, l’analphabétisme dans ce contexte ne signifie pas, intérioriser les théories musicales. C’est plutôt cette carence culturelle pour présenter et défendre sa création qui est décriée. Pourquoi je chante ? Pourquoi je préfère tel style ? Pourquoi j’adopte tel rythme ? Qu’est-ce que ma musique traduit culturellement ? Quelle identité ? Quel peut être l’intérêt pour le pays et le reste du monde ? Et un artiste qui n’arrive pas à répondre à ces interrogations ne pourra pas sérieusement décoller à l’international.

Aussi, une autre difficulté entrave le véritable envol. C’est le mimétisme obscurcissant des jeunes artistes. Ils préfèrent s’inscrire dans une musique urbaine non identitaire. Ils sont envahis par le coupé décalé, le high life, l’afrobeat, l’afro rap français, la musique trapp, etc. Il n’y a pas de mal à consommer sur son territoire de la musique étrangère. Restons ouverts certes, mais seulement que nous avons aussi la nôtre à faire consommer ailleurs. Et ce ne sont pas les mélomanes qui sont interpellés. Ce sont les créateurs, c’est-à-dire, les artistes. Si ces derniers se mettent à copier, que vont-ils alors présenter au monde ? Et il est tout évident que la copie ne pourra jamais laisser entendre raison devant l’original. Ces jeunes comprennent-ils les enjeux dans cette domination culturelle musicale ?

L’autre fait réside dans l’amateurisme des acteurs de la filière musique. Le show-business est dominé par des artistes indépendants que des artistes maisons. Ces créateurs d’œuvres font face à un environnement de managers véreux et filous, de vendeurs d’illusion qui ont pour seul but de remplir leur panse. Ces managers, la quasi-totalité, sans diplômes de management artistique, des parvenus du métier, conjuguent amateurisme et grivèlerie pour asphyxier les artistes les plus naïfs. Bon nombre de créateurs avertis, ayant compris le jeu de ces rapaces, ont alors décidé de gérer leur carrière par eux-mêmes. Ce qui explique un environnement encore embryonnaire du show-biz, tant dans le rang des artistes que dans le rang des pseudos managers.

Voici dépeint en quelques lignes, l’environnement putride des acteurs de la filière. Et à cette allure, la musique burkinabè ne fera que sombrer car ses propres acteurs sont en train de la dégrader. Il est alors évident que pour des siècles et des siècles encore à venir, nous passerons le temps à s’interroger sur pourquoi la musique burkinabè n’arrive pas à s’imposer ailleurs ? Dites-vous qu’il y a des gens qui ne veulent pas le changement parce qu’ils perdront leur privilège. Alors c’est à l’artiste burkinabè de prendre son destin en main.

La Rédaction

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