Gérard Koala à propos du FONY : << Nous n'avons pas le droit de faire du profit en organisant le FONY >>

Gérard Koala à propos du FONY : << Nous n'avons pas le droit de faire du profit en organisant le FONY >>

D’un budget prévisionnel de 52 000 dollars US soit environ 25 millions de FCFA, la 5e édition du Festival Ouaga – New-York (FONY) entend réussir son pari. Elle se tiendra le 22 septembre 2019 à New-York sous le thème « Culture sans frontières ». Environ 5000 participants sont attendus. Afin de mieux cerner tous les contours de l’évènement ainsi que le plateau artistique, nous avons rencontré le 29 août 2019, le Coordonnateur général du FONY, Gérard Koala, actuellement en vacances à Ouagadougou (Burkina Faso). Entre les difficultés rencontrées, les rumeurs sur l’obtention de visas pour se rendre au FONY, le traitements des artistes y prenant part, à cœur ouvert celui-ci s’est confié à Kulture Kibaré. M.Koala n’a pas manqué d’occasion pour marquer son indignation face à certains comportements tendant à nuire le rendez-vous culturel annuel de la diaspora burkinabè au pays de l’oncle Sam. Il est d’ailleurs revenu sur sa mésaventure avec un « journaliste ». 

Kulture Kibaré : Pourquoi le thème : « Culture sans frontière » à cette édition ?

Gérard Koala : Nous avons choisi ce thème parce que la 5e édition du FONY sera très différente des précédentes qui étaient consacrées exclusivement aux artistes et à la culture du Burkina Faso. Après plusieurs approches faites par certains artistes d’autres pays d’Afrique, nous avons décidé de céder à leurs requêtes en leur permettant aussi de participer à l’évènement. On sait dit que si nous voulons valoriser la culture du Burkina Faso, c’est de la frotter aussi aux autres cultures du monde. Ainsi donc les gens connaitront mieux la nôtre. Culture sans frontières, pour dire en réalité que la culture doit nous permettre d’être ensemble sans qu’il n’y ait de barrière. La preuve en est qu’à l’initial, le FONY était un projet pour établir un pont culturel entre le Burkina et les Etats-Unis. Si d’autres pays se joignent à nous, dans le FONY, cela veut dire que nous pouvons nous déplacer aisément. Parce qu’aujourd’hui, on parle beaucoup d’immigration clandestine et la raison c’est l’existence des frontières. Si la culture peut être un canal pour que beaucoup se déplacent un peu partout dans le monde entier, nous aurons peut-être un monde meilleur d’où le choix de ce thème.

K.K : Quelles sont les principales activités qui s’y tiendront ?

G.K : Comme depuis la deuxième édition, nous allons maintenir la rencontre professionnelle qui est une activité en prélude du grand spectacle. Il sera question de recevoir cette année des chefs d’entreprises burkinabè vivant dans la diaspora et venant également du Burkina. Et aussi des institutions ou des services d’Etat qui accompagnent les jeunes burkinabè qui veulent développer des projets d’entreprise, etc. Il y aura des échanges sur les possibilités, les opportunités qu’offre l’Etat burkinabè pour que non seulement la diaspora rentre investir au pays mais aussi pour que des Burkinabè vivant au pays puissent avoir un accompagnement pour créer des emplois. En plus de cette rencontre professionnelle, nous aurons en deuxième journée une activité assez relaxe qui est de permettre aux participants de découvrir un ou des endroits d’attraction des Etats-Unis d’Amérique. Par moment, on est allé à la Maison Blanche et cette année peut-être qu’on ira  à la Statue de liberté. En troisième activité, on aura le géant concert gratuit. C’est une toute première fois que nous le feront après avoir pris en compte les différentes remarques et critiques des uns et des autres. D’aucuns pensaient que faire un spectacle en salle avec un droit d’entrée, c’est réduire le nombre de festivaliers. C’est pourquoi on le fera à l’air libre pour faire comprendre que le FONY n’est pas une activité génératrice de revenus et de profit. Dans la législation américaine d’ailleurs, selon notre document légal enregistré, nous n’avons pas le droit de faire du profit en organisant le FONY. Pour ce faire, nous donnons clairement l’occasion aux uns et aux autres de savoir que l’on ne s’organise pas pour du profit d’où donc la gratuité de l’évènement. C’est un concert géant musical qui va regrouper les artistes du Burkina, du Cameroun, du Congo, du Mali, du Togo et d’autres pays.

K.K : Qu’est-ce qui singularise vraiment cette édition ?

G.K : La particularité de cette année, c’est cette ouverture du FONY. Il n’y aura pas que la culture burkinabè au programme mais tout simplement la culture. Il y a aussi l’aspect gratuité de l’évènement sur l’esplanade du State Building, le plus grand building administratif officiel de l’Etat de New-York, à Harlem où tous les Africains, les Américains noirs, les touristes se retrouvent.

K.K : Quelle est donc la stratégie médiatique mise en place pour promouvoir davantage le FONY pendant son déroulement surtout ?

G.K : Nous aurions souhaité et nous avons même voulu qu’à chaque édition que des journalistes viennent du Burkina Faso pour couvrir l’évènement. Malheureusement, nous avons eu une expérience déplorable à la deuxième édition. Une personne s’est fait passer pour un journaliste. On a été naïf. Nous l’avons pris en charge. La personne est venue faire peut-être du tourisme dans la mesure où elle est venue plutôt faire des photos de nos marraines et de nos invités d’honneur sans parler de l’évènement. L’individu, à l’édition suivante nous a demandé à revenir, nous l’avons encore transporté jusqu’à New-York, hébergé et nourri mais cette personne nous a montré en réalité quels étaient ses objectifs. Ça nous a servi de leçon. Cela nous a amené à une certaine prudence et depuis lors nous approchons les organes de presse. Ce n’est pas aussi évident qu’ils aient toutes les ressources nécessaires pour dépêcher un ou deux journalistes pour la couverture de l’évènement. Nous lançons toujours l’appel aux différents médias à venir au FONY. Cette année nous avons eu la chance d’avoir un journaliste professionnel à New-York qui a accepté être disponible et aussi être notre chargé de communication. Il travaille avec ses confrères du Burkina Faso afin de communiquer sur le FONY à travers les médias traditionnels.

K.K : En cinq (5) ans d’existence, quel est l’impact perceptible du FONY sur la vie de la diaspora burkinabè vivant aux USA ?

G.K : En toute modestie, nous pensons qu’après cinq années le FONY a eu un impact très positif dans la vie des Burkinabè et de la diaspora dans la mesure où, au-delà des Etats-Unis d’Amérique, vous remarquerez la floraison d’activités culturelles de la diaspora burkinabè vivant en Europe, en Amérique du Nord et même en Afrique. Nous ne prétendons pas être le précurseur de cela mais dans l’histoire, rare d’évènements existaient avant le FONY. Aujourd’hui, la majorité des activités que nous avons sont des copies conformes du FONY. Nous en sommes fiers et nous félicitons d’ailleurs ces organisateurs qui reprennent un peu l’initiative du FONY. Tout cela contribue à donner de la visibilité à notre pays dans le monde entier et surtout aux Etats-Unis d’Amérique. Il y a une activité similaire au FONY à New-York, à New Jersey, à Washington, à Houston, etc. Le FONY peut s’enorgueillir d’avoir montré la voie.

K.K : La rumeur raconte que le Consulat des USA au Burkina Faso refuse les visas aux participants de FONY depuis un certain temps. Quelle est votre part de vérité ?

G.K : Je prends cela comme une rumeur parce que c’est une information ni justifiée ni fondée. Et quand dame rumeur fait son chemin, il faut la laisser continuer. En tant qu’organisateurs de FONY, nous remercions les autorités américaines, l’Ambassade des Etats-Unis et surtout le consulat américain à Ouagadougou qui depuis la première édition nous a toujours accompagné en permettant que les artistes que nous souhaitions avoir pour les FONY puissent s’y rendre. Je précise que c’est pour ceux qui sont bien sûrs en règle vis-à-vis des lois américaines pour l’obtention d’un visa de visite et de touriste. Parce que ce ne sont pas des visas de travail que nos invités demandent mais plutôt des visas de visite et de touriste en vue de participer à des activités culturelles visant la valorisation de la culture burkinabè. Le FONY n’est pas une activité commerciale. Ce n’est donc pas un travail que nos invités viennent faire aux Etats-Unis, il faut bien lever le voile à ce niveau où les gens font beaucoup d’amalgame. Nous essayons de nous conformer à la législation américaine à chaque édition du FONY. Jusqu’aujourd’hui je puis vous dire que la plupart de ceux qui se sont conformés à la réglementation américaine n’ont jamais eu un refus de visas pour se rendre au FONY. La preuve en est que l’année dernière tous les artistes qui sont venus, sur leurs visas respectifs, la raison du voyage était marquée FONY. Le traitement réservé aux artistes n’est pas différent de celui que l’on donne à un invité que vous recevez chez vous. Généralement quand vous invitez quelqu’un chez vous, vous ne lui payez pas son transport. Ce que vous pouvez faire, c’est de lui donner un toit, aussi à manger et vous êtes à ses bons soins jusqu’à ce qu’il retourne chez lui. C’est ce que nous faisons et même au-delà. Tous les artistes que nous invitons, nous avons un document signé concomitamment par le comité d’organisation du FONY et ses individus. Nous gardons des copies que nous pouvons montrer à qui de droit et il est mentionné clairement que nous leur offrons une opportunité d’échanges culturels avec nos compatriotes, les Africains et aussi les Américains à travers le FONY pour présenter leurs œuvres artistiques. Pour ce faire, ils se prennent en charge quant à leur transport et nous FONY, nous avons l’obligation de les loger, de les nourrir et de leur donner une plateforme de visibilité dans un cadre promotionnel. En plus de cette visibilité, nous leur donnons de l’argent de poche qui peut aller entre 500 et 1000 dollars US, question de se permettre de repartir en achetant de petits cadeaux pour la famille. Et tous l’ont eu avec nous.

K.K : Pendant toutes ces années d’organisation, quelles sont les difficultés auxquelles vous faites face ?

G.K : Les difficultés sont généralement d’ordre financier. Autant il n’est pas facile d’organiser un spectacle à Ouagadougou autant il est encore plus difficile d’organiser à New-York. Nous ne faisons pas un profit avec le FONY. Quand nous demandons donc un accompagnement financier depuis le Burkina Faso, c’est parce que certains ne comprennent pas qu’un Américain, déjà qu’il accepte que vous veniez valoriser votre culture chez lui, ne va même pas vous donnez encore les moyens financiers pour valoriser cette culture sur son territoire. Qui mieux que les autorités burkinabè peut nous aider à valoriser la culture burkinabè ? Notre plus grand souci réel aujourd’hui, c’est toujours l’aspect financier et on est incompris par beaucoup qui pensent que le FONY est une activité commerciale. Nous organisons le FONY chaque année à perte. Notre objectif visé cette année est d’asseoir le FONY définitivement comme étant une activité majeure de la promotion culturelle en générale.

Propos recueillis par Saga Malick SAWADOGO

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